seminaire

Séminaire Valeur prix et politique – 10 mars 2022

La prochaine séance du séminaire Valeur, prix et politique, soutenu par la MSH paris-Saclay et organisé par Christian Bessy (IDHES ENS-Paris-Saclay), aura lieu jeudi 10 mars de 14h à 16h à à l’IDHES ENS-Paris-Saclay, 4 avenue des sciences, 91 190 Gif-sur-Yvette, salle 3E 34.

Présentation de :

Hughes Bonnefon (CSO, IDHE.S ENS Paris-Saclay)
Rançonner pour faire valoir. Les prescriptions d’archéologie préventive et la mise en marché des fouilles.

Présentation du séminaire :

Après une longue série de travaux sur la qualité des produits, l’Économie des conventions a entamé depuis quelques années une réflexion sur les formes de mise en valeur des choses ou des personnes. Il ne s’agit pas d’un simple raffinement théorique mais correspond aussi à une réflexion sur les changements politiques favorisant la marchandisation de certaines choses restées en dehors des échanges ou la montée des inégalités entre les êtres. On peut penser aux rémunérations versées aux superstars du football, aux grands patrons, aux traders ou, encore, aux cotes atteintes par des œuvres d’art dans les enchères publiques, témoignant d’une forme de disproportion sinon de sentiments d’injustice ou d’évaluation arbitraire (Steiner 2011).

La théorie économique a proposé des modèles pour expliquer ces « super prix » ou plus précisément le fait que les rémunérations et les probabilités de réussite augmentent plus que proportionnellement avec le talent et la compétence, en faisant référence à une ultra sensibilité de la demande sur un nombre limité d’individus (Rosen 1981) ou suivant une logique de « winner-takes-all » ou d’avantages cumulatifs. Si ces modèles ont profondément remis en cause le cœur traditionnel de la théorie économique des prix, la notion de « valeur » est le plus souvent réduite à celle de « prix ». Plus généralement, la théorie de la valeur sous-jacente à ces modèles considère la valeur des biens suivant leur utilité intrinsèque pour chacun et donc de façon préalable à l’échange (Orléan 2011).

De son côté l’approche sociologique, à la suite en particulier des travaux de Simmel, met non seulement l’accent sur le fait que c’est de l’échange que les objets tirent leur valeur et non l’inverse, mais aussi, ne dissocie pas « valeur » et « prix ». Si la mesure monétaire a tendance à aplanir les différences de valeur, un prix très élevé provoquent l’effet contraire et rendent l’entité convoitée moins interchangeable et donc plus singulière. C’est dans ce sens que L. Karpik (2007), dans son ouvrage sur l’économie des singularités, explique la disproportion des prix au sommet de la hiérarchie des valeurs. Cette disproportion rappelle que toute volonté de classement et de hiérarchie ordonne en fait des entités incommensurables.

L’objet du séminaire n’est pas seulement de s’intéresser à l’économie de la disproportion des prix mais, plus généralement, de renouer avec les « théories de la valeur » en s’intéressant à la pluralité des modes d’évaluation des biens, aux mécanismes de la formation des prix sur divers marchés et aux différentes significations qu’ils ont pour leurs participants (Vatin 2009, Beckert et Aspers 2011). Comme l’avance O. Velthuis (2007), dans son ouvrage sur le marché de l’art contemporain, les prix ont suffisamment de consistance pour être considérés comme des symboles, et assez flexibles pour donner prise à différentes significations. Il met l’accent sur les processus de construction sociale de la valeur des objets d’art en référence aux conventions en œuvre dans les mondes de l’art. La méthodologie utilisée rejoint de ce point de vue l’approche de l’Economie des conventions sur la pluralité des modes de valorisation (Eymard-Duvernay 1989) ou des mondes de production (Salais et Storper 1993).

Mais, la particularité de cette approche est de travailler très explicitement ces « ordres de grandeur » suivant différentes philosophies politiques et façons de fonder le « bien commun » (Boltanski et Thévenot, 1991). Cette insistance sur la construction politique de la valeur est à relier avec les travaux anthropologiques d’A. Appadurai (1986) qui explore les conditions par lesquelles les objets économiques circulent dans différents « régimes de valeur » suivant l’espace et le temps. C’est ce qu’il désigne aussi comme des « politiques de la valeur » à la base de la création du lien entre échange et valeur. Ce type d’approche conduit à l’examen des carrières des personnes et des objets, suivant la variété des espaces de circulation et de valorisation qu’ils traversent, et à faire l’histoire des catégories de personnes et de choses, avec en particulier les enjeux autour de la définition des frontières. Un accent particulier est mis sur le rôle des « intermédiaires de marché » dans la définition de ces catégories et dans la définition des « conventions de valeur » sur différents types de marché (Bessy et Chauvin 2013). Il s’agit également de contribuer à une anthropologie des façons dont les choses peuvent être structuralement différenciées et hiérarchisées en vue de l’obtention d’un échange profitable (Boltanski et Esquerre, 2017) ou à une ethnographie des agencements marchands renouvelée aujourd’hui avec l’émergence des plateformes numériques (Callon, 2017) ou avec des épisodes de crise sanitaire créant des situations de pénurie ou d’accaparement.

Le séminaire donne lieu à des présentations de chercheurs du laboratoire IDHES et d’invités extérieurs. Il est ouvert aux doctorants et aux étudiants de master.

Organisé par Christian Bessy (IDHES ENS-Paris-Saclay), bessy@idhe.ens-cachan.fr

Programme du Séminaire Valeur Prix Politique 2021-2022

Séminaire PéLiAS – 26 novembre 2021

La prochaine séance du séminaire PéLiAS, soutenu par la Maison des Sciences de l’Homme Paris-Saclay, se tiendra le 26 novembre 2021 de 16h à 18h en visioconférence sur le thème : usages socio-professionnels des périodiques.

L’accès au séminaire se fera sur inscription, avec l’envoi d’un mail à l’adresse suivante :
alexiakalantzis@gmail.com
Le lien zoom sera envoyé aux participants quelques jours avant.

Avec :

  • Luc Rojas (Université de Saint-Étienne), Le Bulletin de la Société de l’industrie minérale ou la participation d’une revue à l’émergence de la figure de l’ingénieur civil (1855-1914).

Si les différentes représentations font de l’ingénieur un personnage incontournable de l’industrialisation au XIXe siècle, celles-ci omettent bien souvent les différences entre les ingénieurs d’Etat travaillant pour l’Administration et les ingénieurs civils officiant dans les entreprises. Ces derniers n’apparaissent sur la scène industrielle qu’au cours du XIXe siècle contrairement aux Corps des Mines et des Pont et Chaussées créés sous l’Ancien régime . Les ingénieurs civils deviennent au cours du siècle une élite industrielle dont les premiers établissements formateurs sont fondés dans le premiers tiers du siècle (Ecole des mines de Saint-Etienne, Ecole centrale….). Malgré cela, la reconnaissance socio-professionnelle de ces acteurs de l’industrialisation est parfois difficile. C’est pourquoi, en 1855, certains professeurs, élèves et anciens élèves de l’Ecole des Mines de Saint-Etienne fondent une société savante, la Société de l’industrie minérale, dont l’objectif est de faire reconnaître la figure de l’ingénieur civil. Dès cet instant, le Bulletin devient un outil permettant l’affirmation de l’ingénieur civil, tout d’abord en faisant reconnaître le titre d’ingénieur civil par rapport à celui d’ingénieur d’Etat, mais aussi en contribuant à l’émergence d’une démarche scientifique propre ou encore en développant des pratiques professionnelles utilisées par l’ensemble de cette communauté.

  • Ann M. Hale (University of Greenwich, independent scholar) « Business Matters : Reading Across the Intersecting Shareholder Networks of Weldons Limited and George Newnes Limited »

The legal and business structures underpinning the periodical press receive little scholarly attention, yet every entity associated with the press takes a particular legal form, and forms can change over time. Reading across single or multiple enterprises can reconceptualize how the press was organized, who participated in it, and what places were associated with its activities. In the 1890s, commercial press entities in Britain increasingly adopted the limited company structure, and periodicals disseminated information about share offerings and generated income for the benefit of shareholders. The individuals who acquired shares in these limited companies represented mutable networks of unseen press participants. Many had other simultaneous press roles: contributors, advertisers, suppliers, sellers, and the like. The analysis of shareholder records reveals the geographic distribution and demographic characteristics of these underappreciated participants in the periodical press. Inspired by Linda K. Hughes’s “sideways” approach to print culture, this presentation reads across multiple enterprises in the form of two intersecting shareholder networks from the late 1890s linked to George Newnes (1851–1910).

The first is the George Newnes Limited shareholder network, which was the subject of my PhD thesis. Newnes, the publisher of Tit-Bits (1881–1985) and the Strand Magazine (1891–1950), took an idiosyncratic approach to incorporation. In 1891, he encouraged his staff and members of his production and distribution networks to acquire shares in a newly formed limited company. In 1897, he restructured George Newnes Limited to allow members of the general public to acquire shares, which altered the network’s composition. The second shareholder network is associated with Weldons Limited. In 1898, Newnes had a hand in the limited company’s formation, and the general public had the opportunity to purchase preferred (£5) or ordinary (£1) shares. Weldons Limited took over the business of C.E. Weldon and Co., a twenty-year-old fashion and domestic publisher that produced titles such as Weldon’s Ladies’ Journal (1879–1954) and Weldon’s Illustrated Dressmaker (1880–1935). In this presentation I explore in detail the 1898 shareholder network linked to Weldons Limited, which included a number of individuals who also owned George Newnes Limited shares. In addition to identifying similarities, differences, and overlaps between the two shareholder networks, I consider how sub-groups of shareholders, such as women or investors associated with periodical distribution (e.g., booksellers, newsagents, stationers), might be indicative of the publishers’ geographic scope and target audience.

Organisateurs :

  • Hélène Védrine (Sorbonne Université, CELLF 19-21)
  • Norbert Verdier (Paris Saclay, EST-GHDSO)
  • Alexia Kalantzis (UVSQ, CHCSC)
  • Comité scientifique :
  • Evanghelia Stead (UVSQ, CHCSC & IUF)
  • Hélène Gispert (Paris Saclay, EST-GHDSO)
  • Viera Rebolledo-Dhuin (UPEC, CRHEC)
  • Hélène Védrine (Sorbonne Université, CELLF 19-21)
  • Norbert Verdier (Paris Saclay, EST-GHDSO)
  • Alexia Kalantzis (UVSQ, CHCSC)

Le séminaire PéLiAS (Périodiques, Littérature, Arts et Sciences) se propose d’étudier les périodiques artistiques, littéraires et scientifiques du XVIIIe siècle à la première moitié du XXe siècle en tant que médiateurs culturels. Il s’agit d’analyser les périodiques en tant que constructions sociales, matérielles et entrepreneuriales, faisant intervenir de multiples acteurs : écrivains, artistes, typographes, graveurs, imprimeurs, éditeurs, ou lecteurs… et touchant des milieux socioprofessionnels variés (milieux artistiques et littéraires, scientifiques, universitaires, théâtres, galeries, maisons d’édition…).
L’approche adoptée est double : les périodiques sont interrogés en tant que support de communication appartenant à la culture de l’imprimé et en tant qu’objet culturel pluridisciplinaire.
La notion de médiateur permet également d’insister sur la circulation des idées, des textes, des images et des rédacteurs. Les périodiques sont pensés en terme de « réseau » : un dialogue s’établit entre les différents périodiques, au-delà des catégories traditionnelles qui opposent grande et petite presse, revues et livres, revues artistiques et littéraires et revues scientifiques. Enfin, les périodiques sont étudiés dans leur dimension de vulgarisation, tant au niveau littéraire que scientifique, et dans leur rapport au livre et aux différents publics.

Retour haut de page