Appel à articles pour le Corpus du no 31 de La NRT
Le travail ouvrier
À paraître fin novembre 2027
Corpus coordonné par Olivier Cousin et Jean-Pierre Durand
La sociologie du travail s’est très largement construite sur et autour du travail ouvrier. Tout au long du vingtième siècle, elle en a décrit ses multiples facettes, analysant le travail, son organisation, et ses conditions de réalisation, interrogeant l’autonomie dans le travail, ses formes de résistance, et la distance entre travail prescrit et travail réel, ou bien encore en s’attardant sur les pertes et les reconquêtes des savoir-faire des hommes et des femmes selon les secteurs et l’emprise du machinisme sur le travail. Elle s’est focalisée sur la situation de travail, autrement dit sur le contenu, le contexte, l’organisation, les formations et les niveaux de salaire du monde ouvrier. Ce faisant, la sociologie du travail a aussi discuté les contours de la catégorie, les critères et les modalités d’appartenance, œuvrant à la définition de la classe ouvrière comme objet politique et comme une des formes d’incarnation majeure, si ce n’est essentielle, du travail.
Tel que la sociologie l’a relaté et analysé, ce travail s’est pour l’essentiel déroulé dans les grandes entreprises industrielles, devenant le symbole de l’extension du taylorisme et du fordisme, et plus généralement de l’emprise de la rationalité sur les sociétés. Ces travaux, dont la revue Sociologie du travail s’est largement fait l’écho et devenus pour une partie d’entre eux des classiques, ont donné lieu à des cadres d’interprétation et d’analyse dépassant le seul travail ouvrier proprement dit. En effet, c’est autour du travail, et singulièrement du travail ouvrier de la grande industrie, que la sociologie s’est en grande partie recomposée après la Seconde Guerre mondiale. Ce travail, on le sait aussi, ne recouvrait pas tout le travail ouvrier. Les femmes, pourtant très présentes sur les chaînes de production, ont longtemps été absentes des études, comme l’ont été les ouvriers et les ouvrières travaillant dans d’autres secteurs que la grande industrie, comme le bâtiment ou l’agriculture.
Depuis les années 1980, la sociologie du travail a considérablement élargi son spectre d’analyse s’intéressant et s’interrogeant sur une multiplicité de situations, de catégories, de profils et de contextes. Elle rend compte d’un travail pluriel, décrivant et analysant la diversité des rapports sociaux, par l’attention, par exemple, accordée aux inégalités et aux discriminations. Depuis cette même période, le travail ouvrier s’efface sensiblement, car la sociologie s’ouvre à d’autres catégories et univers, les ouvriers ne sont plus la catégorie dominante dans le monde du salariat, et les frontières au sein même des catégories sont plus instables et sont discutées par les acteurs eux-mêmes et par les observateurs et les analystes. Récemment plusieurs travaux ont élargi le spectre du travail ouvrier en intégrant de nouvelles formes et de nouveaux contextes, à la frontière entre services et industrie, en interrogeant les situations les plus précaires ou en pointant la porosité de la frontière entre l’univers des ouvriers et celui des employés.
Cet appel à article souhaite donner de la visibilité aux travaux des chercheurs et des chercheuses en sciences sociales qui questionnent et réinterrogent le travail ouvrier en ce premier quart du xxie siècle, afin d’en dresser de nouveaux portraits. Que dire du travail, de ses conditions, de son organisation, du rapport au travail des ouvriers et des ouvrières ? La Nouvelle Revue du Travail, à travers ce numéro thématique, souhaite mettre l’accent sur le travail et, à partir de là, engager une réflexion sur les frontières du travail ouvrier, sur les identités du travail ouvrier, sur l’appartenance au monde ouvrier de la part des acteurs et des actrices, au-delà des inscriptions formelles dans les catégories administratives. Peut-on évoquer une conscience fière au-delà de la satisfaction du travail bien fait ? Quelle place fait-on au métier, aux solidarités… ? Que signifie aujourd’hui être ouvrier ? De quoi est fait ce travail, que mobilise-t-il comme savoir, comme effort, comme engagement ? Peut-on encore le conjuguer au singulier, ou faut-il acter sa très grande pluralité et hétérogénéité et renoncer à un principe d’unité ? Où se pratique-t-il ? Qu’en est-il des petites entreprises, voire des petits ateliers ? Que dire du travail des ouvriers et ouvrières très qualifié·es qui travaillent dans les entreprises de haute technologie ? Cet appel à article sur le travail ouvrier est aussi une invitation à rendre compte des enjeux liés aux délocalisations, en particulier dans l’industrie et la production. Que dire de ce travail et de ces conditions, quel lien établir et tisser entre l’univers des ouvriers et ouvrières en France et/ou dans les pays occidentaux et l’univers des ouvriers et des ouvrières dans les pays sous-traitants ?
La NRT souhaite interroger le travail ouvrier sous ces multiples aspects en prenant en compte les diversités des lieux de production où il s’exerce aujourd’hui. Les articles pourront donner la priorité à l’exposition d’un matériau empirique, afin d’alimenter le renouvellement des connaissances sur le travail des ouvriers et des ouvrières, et/ou proposer des cadres d’interprétation autour des enjeux de ce travail afin d’enrichir les réflexions autour des évolutions du travail : que nous dit ce travail du travail et de la nature des rapports sociaux ? Dans les propositions, il sera attendu une mise en perspective des observations contemporaines avec les analyses et les interprétations du travail ouvrier, comme la sociologie du travail l’a envisagé tout au long de la société industrielle.
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