Intelligence artificielle et inégalités numériques dans l’espace francophone

Appel à communication - Cycle de séminaires INÉGALIA


Intelligence artificielle et inégalités numériques dans l’espace francophone
Publié le
29/09/2026 à 08:46

Argumentaire

L’essor de l’intelligence artificielle (IA) constitue une rupture technologique majeure (Zuboff, 20191). Ce cycle de séminaires pose d’abord que l’IA ne renvoie pas à une réalité homogène. Les bouleversements actuels résultent principalement des « IA étroites ou spécialisées », en particulier les systèmes prédictifs d’aide à la décision, les IA génératives, les modèles de fondation et les outils d’automatisation des tâches cognitives et administratives (Russell & Norvig, 20202). Force transformatrice de tous les secteurs de la société, cette IA spécialisée redéfinit les enjeux de développement dans un monde déjà fracturé numériquement et renouvelle les perspectives d’analyse des inégalités (Solaiman et al., 20253). Loin d’être un outil neutre de progrès, elle fait émerger de nouvelles inégalités de développement numérique (Buolamwini & Gebru, 20184). Ce mouvement pourrait néanmoins s’accentuer avec l’« IA générale » (AGI) ou les systèmes superintelligents (ASI), dont les premiers prototypes, comme les modèles de raisonnement auto-améliorants, commencent à émerger (Altman, 20255 ; Conseil de l’Europe, 20266). Il devient dès lors légitime, voire urgent et stratégique, de s’interroger sur les liens entre ces développements technologiques et la résurgence des fractures au sein de la société du « tout numérique » (Zuboff, ibid).

L’IA dans son ensemble reste toutefois porteuse de nombreuses promesses (Russell & Norvig, ibid.). Elle est perçue comme un levier d’accroissement de la productivité et de l’innovation, ainsi que comme une ressource stratégique dans des domaines clés du développement tels que l’agriculture, la santé, l’éducation, l’environnement ou encore les arts et la culture. Malgré les espoirs suscités par ses avancées rapides, son déploiement s’opère dans des contextes où l’innovation est produite et diffusée à une vitesse inégale d’un pays à l’autre. Il soulève ainsi des angles morts et des questions fondamentales en matière de gouvernance, d’inclusion, d’équité et de justice sociale. L’IA peut reproduire ou amplifier des inégalités structurelles ou normatives déjà installées, qu’elles soient technologiques, socioculturelles, économiques, politiques ou réglementaires. Elle peut aussi contribuer à les atténuer, voire à « restaurer l’égalité », ou au contraire produire de nouvelles formes d’exclusion.

La quête d’amélioration continue de la puissance des machines et de leur vitesse d’exécution des tâches accentue ce mouvement. Depuis l’avènement de l’IA (Arnold, Rebecchi, Chevallier & Paugam-Moisy, 20117), les fractures numériques s’accroissent et évoluent vers des formes inédites. Le Rapport sur la technologie et l’innovation de 2025 souligne d’ailleurs que les bénéfices liés au développement du marché mondial de l’IA restent très concentrés et ne profitent pas au plus grand nombre, car les inégalités d’accès à l’infrastructure, à l’innovation et aux technologies de l’IA continuent de s’accentuer.

Pour saisir ces dynamiques, ce cycle de séminaires propose une approche sectorielle croisée fondée sur cinq domaines : l’éducation ; les cultures, industries créatives et plateformes algorithmiques ; la santé connectée ; l’agriculture connectée ; l’économie numérique et le travail. À travers ces secteurs, les séminaires analyseront les effets de l’IA sur les usages, les formes d’appropriation, l’accès aux ressources, les rapports de pouvoir, ainsi que sur les activités et pratiques associées à ces domaines.
Cette interrogation collective se déploiera au fil de quatre séances. Conçues comme un parcours progressif, elles conduiront du diagnostic d’ensemble des inégalités liées à l’IA dans l’espace francophone jusqu’à la formulation de recommandations de politiques publiques, par l’examen successif du travail et de l’emploi, puis de l’éducation, de la culture et des savoirs, et enfin de la santé et de la gouvernance. Les propositions de communication pourront s’inscrire dans l’une des quatre séances décrites ci-dessous.

 

Programme des séances

Séminaire 1 – Cartographier les inégalités de l’IA dans l’espace francophone (Jeudi 10 décembre 2026) – Séance inaugurale – ENS Paris-Saclay. En présence de Sylvain Chevallier (Université Paris-Saclay, LISN) Etienne Dammome (Université Bordeaux Montaigne, MICA) et de Destiny Tchéhouali, (Université du Québec à Montréal).

Ce premier séminaire ouvre concrètement le cycle. Il a pour objectif de réunir les participants autour d’un diagnostic partagé des inégalités liées à l’IA dans l’espace francophone et de mettre en miroir ces inégalités dans plusieurs secteurs stratégiques.

Thèmes abordés

  • Souveraineté numérique et dépendance technologique
  • Inégalités d’accès aux données, aux infrastructures et aux capacités de calcul
  • Asymétries Nord–Sud dans la production scientifique et technologique
  • Éléments de cartographie comparée (France, Afrique francophone, Québec)
  • IA et secteurs stratégiques : agriculture, éducation, emploi, santé, culture

Séminaire 2 – IA, travail et emploi : transformations professionnelles, jeunesse et nouvelles formes d’exclusion (Jeudi 4 février 2027) – ENS Paris-Saclay- Keynote speaker : Marie Benedetto, Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ).

Cette deuxième séance analysera les effets différenciés de l’IA sur le travail, l’emploi et les trajectoires professionnelles, avec une attention particulière portée à la jeunesse et aux populations vulnérabilisées.

Thèmes abordés

  • Automatisation, plateformisation et reconfigurations du travail
  • IA, emploi et insertion professionnelle des jeunes
  • Effets de l’IA sur les économies formelles et informelles (Nord/Sud)
  • IA et agriculture : transformation du travail agricole, accès aux technologies, dépendances aux plateformes

Séminaire 3 – IA, éducation, culture et savoirs : inclusion et découvrabilité (Jeudi 25 mars 2027) – ENS Paris-Saclay – Keynote speaker : Alain Kiyindou, Université Bordeaux-Montaigne.

Cette troisième séance interrogera le rôle de l’IA dans la production, la circulation et la valorisation des savoirs, des contenus culturels et des systèmes éducatifs, en lien avec les enjeux de diversité.

Thèmes abordés

  • Contenus culturels et linguistiques francophones
  • IA et systèmes éducatifs : opportunités et risques
  • Vers des modèles d’IA « décolonisés » ?

Séminaire 4 – IA, santé et politiques publiques : gouvernance, régulation et stratégies de développement (Jeudi 6 mai 2027) – ENS Paris-Saclay – Philippe Achilleas, Université Paris-Saclay.

Cette dernière séance mettra en discussion les cadres de gouvernance, de régulation et de politiques publiques de l’IA à partir de secteurs sensibles, en particulier la santé, afin de formuler des recommandations.

Thèmes abordés

  • IA et santé : accès aux soins, données, biais et inégalités
  • Gouvernance des données sensibles et enjeux éthiques
  • Politiques publiques d’IA et développement durable
  • Recommandations pour une IA inclusive, souveraine et décolonisée dans l’espace francophone

 

Modalités de soumission

Les propositions de communication comporteront un titre, un résumé de 3000 signes (espaces compris), cinq mots-clés, une bibliographie indicative, ainsi qu’une brève présentation biographique de l’auteur. Chaque proposition précisera la séance dans laquelle elle souhaite s’inscrire. Les propositions sont à adresser à : jean-michel.ledjou@universite-paris-saclay.fr et à yawa-mawufegame.assiklou@universite-paris-saclay.fr

Elles feront l’objet d’une évaluation par le comité scientifique du cycle de séminaires.

Calendrier
Date limite d’envoi des propositions : 15 octobre 2026
Notification aux auteurs et autrices : 26 octobre 2026

Comité scientifique
Philippe Achilleas (IDRT-IDEST, Chaire Technologies et progrès, Université Paris-Saclay) ; Tsiry Andrianampiarivo (CREG, Université Grenoble Alpes) ; Yawa Assiklou (PRINTEMPS, Université Versailles-Saint- Quentin) ; Sylvain Chevallier (LISN, Université Paris-Saclay) ; José Do nascimento (IDRT-IDEST, Chaire Technologies et progrès, Université Paris-Saclay) ; Rhéa Edde (IDRT-IDEST, PRIM, Université de Tours) ; Jean-Michel Ledjou (IDRT-IDEST, Chaire Technologies et progrès, Université Paris-Saclay) ; Grace-Léa Mbadinga (IDRT-IDEST, Université Paris-Saclay) ; Camille Peugny (PRINTEMPS, Université Versailles-Saint- Quentin) ; Hanitra Randrianasolo (IDRT-IDEST, Chaire Technologies et progrès, Université Paris-Saclay) ; Ibrahima Sacko (PRINTEMPS / Université Versailles-Saint-Quentin) ; Destiny Tchéhouali (Université du Québec à Montréal, Chaire Unesco Communication et Technologies pour le développement).

 


1 Zuboff, S. (2019). The age of surveillance capitalism: The fight for a human future at the new frontier of power. Profile Books.
2 Russell, S., & Norvig, P. (2020). Artificial intelligence: A modern approach (4th ed.). Pearson.
3 « Beyond Release: Access Considerations for Generative AI Systems» https://arxiv.org/abs/2502.16701
4 Buolamwini, J., & Gebru, T. (2018, January). Gender shades: Intersectional accuracy disparities in commercial gender classification. In Conference on fairness, accountability and transparency (pp. 77-91). PMLR.
5 Altman, S. (2025, février). De l’IA générale à la superintelligence : la bataille pour la prochaine révolution technologique. BFMTV. https://www.bfmtv.com/tech/intelligence-artificielle/de-l-ia-generale-a-la-superintelligence-la-bataille-pour-la-prochaine-revolution-technologique_AV-202502180575.html
6 Conseil de l’Europe. (2026). Traité mondial sur l’IA : Nouvelle ère pour l’AGI et la superintelligence. Intelligence Artificielle Générale. https://intelligence-artificielle-generale.com/agi-dans-les-reseaux-denergie-quand-la-superintelligence-pilote-le-monde-2026/

7 https://hal.science/hal-01352061v1/file/publishedversion.pdf

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