- Baptiste BRIDONNEAU - (ENS PS)
La MSH Paris-Saclay, le CEPS, l’IDHES et l’ISP de l’ENS Paris Saclay vous invitent à la séance des Petits Déjeuners Durkheim le jeudi 9 avril 2026 en compagnie de Baptiste Bridonneau (ENS PS), il viendra présenter l’ouvrage : Ceci n’est pas une dette. Une critique du concept de « dette publique » , Editions Classiques Garnier – à paraître
Discutant : Pierre Pénet (ENS PS)
Résumé :
Depuis plusieurs décennies, les sciences sociales ont montré comment la dette publique est construite comme un problème public à travers des récits alarmistes, des analogies trompeuses entre l’État et un ménage, ou encore des indicateurs statistiques présentés comme des évidences indiscutables. Mais ces travaux se concentrent le plus souvent sur les discours et les cadrages. Cet ouvrage propose un déplacement plus radical : passer de l’analyse des récits à celle des catégories elles-mêmes.
La thèse défendue est que les notions de « dette » et de « déficit » ne sont pas de simples instruments descriptifs. Elles mobilisent un imaginaire moral puissant (obligation, faute, manque) qui installe d’emblée les finances publiques dans un horizon normatif dominé par l’idée de discipline budgétaire. L’austérité ne réside donc pas seulement dans certaines interprétations de la situation budgétaire, mais dans les catégories mêmes qui prétendent la décrire.
Pour étayer cette hypothèse, l’ouvrage introduit une distinction centrale entre la dette comme agrégat, c’est-à-dire la somme des engagements contractuels en cours, et la dette comme structure, qui renvoie à un système macroéconomique se reproduisant dans le temps par refinancement continu. Si la première appelle effectivement un remboursement contractuel, la seconde désigne une configuration économique et institutionnelle dont la reproduction ne suppose pas nécessairement une extinction intégrale. En subsumant ces deux réalités sous un même terme, le langage budgétaire attribue à la structure les propriétés de l’agrégat, notamment l’idée d’une obligation de remboursement qui n’a pourtant rien d’évident.
L’ouvrage met ainsi en lumière la performativité du concept de « dette » lorsqu’il est appliqué à la dette-comme-structure : qualifier cette structure de « dette » revient déjà à lui attribuer les propriétés d’une dette à rembourser, ce qu’elle n’est pourtant pas nécessairement. Le langage budgétaire ne se borne donc pas à décrire la réalité ; il contribue également à la façonner. Un mécanisme comparable vaut pour le déficit : qualifier une situation budgétaire de « déficit » suggère qu’elle correspond à un manque à combler, alors même que cette interprétation n’a rien d’évident sur le plan économique. Cette dynamique renvoie plus largement au pouvoir symbolique exercé par les catégories budgétaires : à force d’être répétés, ces énoncés finissent par apparaître comme des évidences indiscutables et sortent du champ de la critique, ce qui constitue précisément leur force.
Le livre examine enfin le cas des États disposant d’une souveraineté monétaire. Même dans ce cadre, où la contrainte financière se desserre, le vocabulaire de la « dette » et des « déficits » continue d’imposer ses évidences, comme si la réalité budgétaire ne pouvait être pensée en dehors de cet ordre symbolique.
L’ouvrage invite ainsi à interroger les catégories mêmes à travers lesquelles les finances publiques sont pensées, afin de rouvrir l’espace des possibles budgétaires.
Suivez en direct la séance sur ce lien : https://orsay.bbb.cnrs.fr/b/ban-ro0-2jl-d0g
Consultez le programme des Petits Déjeuners Durkheim 2025-2026 (document PDF – 70ko) : la programmation des Petits Déjeuners Dukheim
Pour information : Ce séminaire est inscrit au catalogue des formations transverses de la Maison du Doctorat Paris-Saclay. Les doctorant.e.s peuvent ainsi valoriser leur participation et obtenir des crédits de formation via ADUM, en s’inscrivant avant l’évènement, via ce lien : https://adum.fr/modules/liste_module.pl?matricule_module=3748718
