La revue terrains & travaux, accompagnée par la MSH Paris-Saclay, lance un appel à contributions pour son dossier thématique : « Race et sexualité ».
Date de clôture de l’appel : 25 juin 2027
Dossier coordonné par : Florent Chossière, Axel Ravier, Damien Trawalé, Yasmine Tuffy et Élise Palomares.
Ce dossier de la revue terrains & travaux vise à mettre en lumière les articulations entre racialisation et sexualité. Il s’agira d’interroger ce que la construction sociale de la race doit à la sexualité et, réciproquement, comment la race participe à construire les expériences de la sexualité, comprise au sens large.
Depuis une dizaine d’années, les travaux sur les rencontres amoureuses et sexuelles ont permis d’objectiver la centralité de la race en matière de vie affective et sexuelle. Ils ont notamment identifié des traitements différenciés dans la vie intime qui dessinent une sexualité en partie différenciée pour les personnes racisées qui sont, par exemple, plus confrontées au célibat. Réciproquement, la sexualité a joué un rôle majeur dans la production des hiérarchies raciales. Des travaux états-uniens, en particulier, ont par exemple montré que la pathologisation sexuelle des minoritaires racisé·es a contribué à légitimer l’esclavagisme, la violence post-esclavagiste et l’entreprise coloniale. Cette altérisation sexuelle est toujours effective aujourd’hui et s’articule à des discours contemporains mettant en avant la supposée « différence culturelle » des personnes racisées. Dans le même temps, les attitudes sexistes et homophobes les plus virulentes sont renvoyées aux seules minorités raciales, ce qui légitime des formes de contrôle et de violence à leur égard.
Ces éléments relatifs à la co-construction de la race et de la sexualité nous invitent à interroger et élargir la notion même de minorisation sexuelle. D’une part, cela interroge la situation des minorités de genre et de sexualité racisées prises dans des assignations contradictoires et des processus de marginalisation multiples. De l’autre, l’hétérosexualité et ses privilèges sont-ils fonction de la place occupée dans les rapports sociaux de race et de classe ?
Ce dossier vise à faire un état des lieux de la recherche et à faire dialoguer les travaux sur l’articulation race et sexualité, tardivement apparue en France. Les contributions pourront porter sur n’importe quel contexte national ou transnational et le dossier sera attentif à croiser les regards disciplinaires (sociologie, histoire, géographie, démographie, anthropologie, science politique, etc.). Les articles devront relever d’une approche empirique (terrains ou archives, données quantitatives ou qualitatives). Nous invitons, par ailleurs, les propositions à expliciter les questions théoriques et méthodologiques que soulève l’analyse de ces articulations. En effet, l’intersectionnalité permet d’appréhender l’articulation des différents rapports sociaux. Néanmoins, ce paradigme a d’abord été élaboré pour analyser l’expérience spécifique des femmes racisées et l’articulation entre la race, le genre et la classe. Dans quelle mesure la focalisation sur l’articulation race et sexualité permet-elle de questionner ce paradigme de recherche ?
Les propositions pourront s’inscrire dans les axes suivants.
- Inégalités et privilèges
Penser la race et la sexualité comme des rapports sociaux implique une réflexion sur leur caractère transversal et dynamique et leurs effets différenciant et hiérarchisant. Dans leur articulation, la race et la sexualité produisent des systèmes d’inégalités et de privilèges générant des contraintes sociales et matérielles spécifiques. Nous encourageons tout autant des contributions portant sur les processus de minorisation que sur la construction sociale de privilèges raciaux et sexuels.
Dans le cas des minorités sexuelles et de genre racisées, des travaux montrent que celles-ci font face à des processus d’altérisation spécifiques fondés sur la race. Les personnes racialisées comme « Noir·es » sont souvent renvoyées à l’hétérosexualité. En retour, la blanchité peut être associée à une (homo)sexualité accomplie et vécue plus librement. Comment ces mises en opposition des appartenances raciales et sexuelles minoritaires alimentent-elles les rapports de race et de sexualité ? Comment ces assignations sont-elles négociées ? Par ailleurs, dans le souci de ne pas homogénéiser les populations racisées et de ne pas réduire les processus de racialisation à la mise en minorité, nous invitons les contributions à interroger la diversité de ces processus. En effet, ces derniers participent à rejouer certaines catégories raciales (« noir.es », « arabes », « asiatiques », « latino/latina », etc.), à en occulter d’autres (« blanc·hes », « occidental·es », par exemple), et interviennent entre groupes racisés eux-mêmes.
Enfin, le couple, souvent analysé comme un espace d’inégalités – notamment genrées –, est aussi un lieu où se rejouent des rapports de pouvoir raciaux et sexuels. Si les couples mixtes ont été étudiés sous l’angle des appartenances ethnoraciales et de leur gestion, ces travaux interrogent peu ce que ces différences font aux pratiques sexuelles. Comment les partenaires racisé·es négocient-ils désirs et fantasmes lorsqu’ils se trouvent en position minoritaire ? Comment la sexualité est-elle négociée dans le cadre d’intimités transnationales interraciales ? Les travaux sur les familles lesbiennes noires montrent par ailleurs que la parentalité demeure un espace d’invisibilisation des couples de même sexe racisés et de gestion constante de la respectabilité, à la croisée des attentes de la société majoritaire et du groupe d’appartenance. Comment les parents racisé·es et/ou appartenant aux minorités sexuelles parviennent-ils à jouer avec, voire à déjouer, les normes raciales, sexuelles et de classe qui encadrent leurs pratiques parentales ?
- Institutions et action publique
Cet axe invite à penser les manières dont les institutions et les pouvoirs publics participent à la co-production de la race et de la sexualité.
Dès la période coloniale, la régulation des intimités interraciales a été une préoccupation majeure de l’État français, qu’il s’agisse d’injonctions aux unions mixtes à des fins d’assimilation, de leur interdiction pour préserver la « pureté » raciale, ou encore des politiques antinatalistes visant spécifiquement les populations colonisées. Aujourd’hui encore, diverses institutions publiques et/ou privées participent au renforcement des hiérarchies raciales à partir de la sexualité : par exemple, les dispositifs d’éducation à l’égalité des sexes et à la sexualité, mais aussi la justice, la médecine et les médias.
Comment les institutions participent-elles à la reproduction ou à la contestation des hiérarchies raciales et sexuelles ? Comment les règles et normes qu’elles établissent sont-elles reçues, négociées ou transformées, notamment par les populations directement concernées par la minorisation raciale et sexuelle ? Quelles résistances émergent face aux mécanismes institutionnels de minorisation ?
- Espaces et déplacements
Dans une perspective attentive au caractère spatialement et temporellement situé des imbrications des rapports de pouvoir, nous invitons les contributions à considérer la dimension spatiale de l’articulation entre race et sexualité.
L’espace sert souvent à euphémiser la race et la classe, comme c’est par exemple le cas avec les discours produits sur les « banlieues » et d’autres espaces « périphériques » (espaces péri-urbains, ruraux, etc.) souvent associés à l’homophobie. Au-delà de ces représentations, on peut se demander en quoi les rapports sociaux de race affectent le vécu minoritaire sexuel dans ce type d’espace. En outre, dans les centres urbains, l’usage des lieux communautaires dédiés aux minorités sexuelles et de genre n’échappe pas à des pratiques de racialisation, tout comme la mise à l’agenda public des problématiques LGBT+ dans les politiques urbaines peuvent mener à la marginalisation des populations racisées. Ainsi, comment les articulations de la race et de la sexualité affectent-elles les pratiques spatiales quotidiennes et ordinaires des individus ?
Par ailleurs, nous invitons les contributions à se saisir des mobilités géographiques. Les normes sexuelles peuvent différer entre l’espace de départ, celui d’arrivée ainsi que ceux qui sont traversés au cours d’un déplacement. Comment ces normes sont-elles identifiées, appropriées et parfois contournées ou contestées ? Comment la place dans les rapports sociaux et particulièrement le statut administratif contraignent-ils les tactiques et les stratégies déployées face à ces nouveaux cadres normatifs ? Qu’en est-il de celles et ceux qui s’inscrivent dans des migrations « privilégiées » ou plus largement des migrations Nord-Nord ? La migration amène donc à interroger les tensions racialisées entre contrôle et émancipation sexuelle qu’elle produit. Les contributions pourront porter sur les acteurs et les dispositifs encadrant les migrations, telles les recherches qui se sont intéressées aux rapports de race et de sexualité dans l’humanitarisme, le contrôle aux frontières ou encore les violences sexistes et sexuelles qui s’inscrivent dans les parcours migratoires. Nous invitons également à saisir les mobilités touristiques et la façon dont elles rejouent ou déjouent les imbrications des rapports de race, de genre, et de classe autour de la sexualité. Ainsi, quels rapports de pouvoir spécifiques observe-t-on dans le cadre du tourisme, où exotisation et érotisation des « Autres » vont souvent de pair, réactivant des imaginaires coloniaux ?
Les articles, de 50 000 signes maximum (espaces, notes et bibliographie comprises), doivent être accompagnés de 5 mots-clés et d’un résumé de 150 mots (en français et en anglais).
Ils devront parvenir aux coordinateur·rices du numéro avant le 25 juin 2027 aux adresses suivantes : florent.chossiere@parisgeo.cnrs.fr, axelravier@gmail.com, damien.trawale@u-pec.fr, yasmine.tuffy@ined.fr, elise.palomares@univ-rouen.fr.
S’ils et elles le souhaitent, les contributeur·ices peuvent faire part aux coordinateur·ices de leur intention de soumettre un article, pour avis indicatif sur l’intérêt de leur proposition.
Les consignes relatives à la mise en forme des manuscrits sont consultables sur le site de la revue : http://tt.hypotheses.org/consignes-aux-contributeurs/mise-en-forme.
terrains & travaux accueille par ailleurs des articles hors dossier thématique (50 000 signes maximum), qui doivent être envoyés à :
Pour plus de détails, merci de consulter le site de la revue : http://tt.hypotheses.org
