« Je suis débordé.e; je n’ai pas le temps ! ». Ce vécu, que nous sommes nombreux à partager, est le point de départ de ce colloque. Nous avons le sentiment que nos rythmes de vie s’accélèrent, en particulier celui de notre activité professionnelle. Prenons donc le temps pour nous arrêter et analyser ce phénomène et ses conséquences.
Comme toutes les organisations soumises aux pressions du « New Public Management », les instituts de recherche et établissements d’enseignement supérieur sont structurés par des temporalités multiples, hétérogènes et souvent conflictuelles. Le développement des espaces de travail virtuels et d’un usage immodéré des moyens de communication électroniques empiètent sur les temps nécessaires d’isolement ou de rencontre. Les rythmes sont de plus en plus rapides et les agendas s’accumulent et se superposent : calendriers pédagogiques, d’examens, d’envois de textes, d’expertises, de rendus de recherche, de rapports d’avancement de travaux, de demandes de soutien sur projet, de justifications de dépenses…
Comment concilier autant de contraintes, de fragmentation et de dispersion des tâches professionnelles, de moments d’urgences répétés avec les exigences de travail original de qualité et les engagements personnels qu’il implique ? Comment concilier ces différents calendriers avec les devoirs et aspirations légitimes de la vie familiale, culturelle, sociale et citoyenne ?
Le colloque sera l’occasion d’analyser les caractéristiques, les ressorts et les effets de ces évolutions de structure temporelle vécues par les personnels de la recherche et de l’enseignement supérieur. Il visera à débattre des injonctions managériales de gestion, de contrôle et donc de mesure des temps à laquelle nous nous heurtons. Au‐delà, le colloque cherchera à interroger la volonté politique et économique de réorienter les priorités des institutions de recherche et d’enseignement supérieur, à seule fin d’être au service de l’innovation technologique et de la compétitivité économique. Et ce, au risque de l’oubli des fonctions exploratrices et sociales de la recherche comme des fonctions culturelles et critiques des enseignements supérieurs.
Le colloque est conçu comme un moment d’élucidation des impacts de ces modes de gestion tant sur la fécondité des recherches, qui nécessite temps et communications libres favorisant la maturation des idées et la créativité, que sur les formations supérieures où la disponibilité et l’attention envers chaque étudiant est une condition de la réussite des apprentissages et du développement des compétences. Nous questionnerons également les effets possibles sur la qualité de vie au travail.
Puisse ce colloque être alors un temps de respiration dans nos emplois du temps surchargés pour nous interroger ensemble sur la manière de résister à ces nouvelles contraintes temporelles.
Comité de pilotage
Hélène Aubry, enseignante -­ chercheuse en droit, IDEP, Université Paris-Sud
Philippe Brunet, enseignant ‐ chercheur en sociologie, LISIS, Université Paris-­Est Marne La Vallée
Christine Eisenbeis, chercheuse en informatique, INRIA, LRI, Université Paris-­Sud
Hélène Gispert, enseignante -­ chercheuse en histoire des Sciences, EST, Université Paris-Sud
Annick Jacq, chercheuse en microbiologie, CNRS, directrice du Centre d’Alembert
Alexia Jolivet, enseignante -­ chercheuse en sciences de l’information et de la communication, EST, Université Paris-­Sud
Jean-­Louis Martinand, enseignant -­ chercheur émérite en Didactique, Président du Centre d’Alembert, ENS Cachan
Bertrand Sergot, enseignant -­ chercheur en sciences de gestion, RITM, Université Paris-­Sud